challenge

 

Je commence seulement ma liste du challenge des lacunes et déjà je me dis que les classiques ne le sont pas devenus par hasard !  Il est toujours difficile de classer ses émotions de lectures, de répondre à la question "quel livre prendriez vous pour aller sur une île déserte ?", faire son top 5 ... il est évident que lorsqu'on lit beaucoup, parfois depuis longtemps, nombreux sont les coups de coeur qui nous ont chavirés ... Mais ce roman est sans aucun doute celui qui m'a le plus ahurie, d'un bout à l'autre. 

Quel prodige. Romain Gary invente un langage d'une force extraordinaire qu'il tient sans faiblir sur 300 pages. Une sorte de dialecte qui mixe le langage populaire, un mauvais français enfantin, des grossièretés de rigueur, des arrangements phonétiques avec d'autres origines et tant de quiproquos qui font dire une vérité par son contraire. C'est la langue de Momo. Chaque phrase est un coup de poing, chaque phrase. D'une irrésistible drôlerie par le langage de ce môme et une inévitable stupeur par le contenu du récit. J'ai ri avec de grands yeux effarés et c'est une expérience que je n'oublierai jamais.  

Même si certains passages sont presque drôles, ils ne sont jamais sans drame, c'est une lecture éprouvante. Difficile d'en lire plus de quelques pages à la fois, c'est à cause des coups de poing. Mais Momo me manquait très vite et j'y retournais dès que possible. On l'aime ce fils de pute. On comprend vite que Mme Rosa s'y est attachée aussi. Momo résume ainsi la vie de Mme Rosa : 

" Je ne sais pas du tout de quoi Madame Rosa pouvait bien rêver en général. Je ne vois pas à quoi ça sert de rêver en arrière et à son âge elle ne pouvait plus rêver en avant. Peut-être qu'elle rêvait encore de sa jeunesse, quand elle était belle et n'avait pas encore de santé. Je ne sais pas ce que faisaient ses parents mais c'était en Pologne. Elle avait commencé à se défendre là-bas et puis à Paris rue de Fourcy, rue Blondel, rue des Cygnes et un peu partout, et puis elle avait fait le Maroc et l'Algérie. Elle parlait très bien l'Arabe, sans préjugés. Elle avait même fait la Légion Etrangère à Sidi Bel Abbès mais les choses se sont gâtées quand elle est revenue en France car elle avait voulu connaître l'amour et le type lui a pris toutes ses économies et l'a dénoncée à la police française comme Juive. Là, elle s'arrêtait toujours lorsqu'elle en parlait, elle disait "c'est fini, ce temps-là", elle souriait, et c'était pour elle un bon moment à passer.

Quand elle est revenue d'Allemagne, elle s'est défendue encore pendant quelques années mais après cinquante ans, elle avait commencé à grossir et n'était plus assez appétissante. Elle savait que les femmes qui se défendent ont beaucoup de difficultés à garder leurs enfants parce que la loi l'interdit pour des raisons morales, et elle a eu l'idée d'ouvrir une pension sans famille pour des mômes qui sont nés de travers."

Difficile de citer un passage comme mon préféré ou d'en choisir un plus époustouflant que l'autre, chaque page mérite d'être cornée jusqu'au décès de Madame Rosa :

" Ce n'est pas vrai que je suis resté 3 semaines près du cadavre de ma mère adoptive parce que Madame Rosa n'était pas ma mère adoptive."

Dans l'ensemble ce récit se passe de commentaires.

 

L'avis de Bene31 et XL, en lecture commune.

La liste des contributions au Challenge des lacunes. 

gary

LC R'B