vendredi 1 janvier 2010
Notre année Benacquista, ... la dernière
Partager des découvertes et des émotions de lectures peut être le prolongement d'une grande intimité, le constat de connivences confirmées. Il arrive qu'un livre permette de supporter une séparation contrainte, il est possible de communier de toute son âme avec l'être aimé par la lecture commune d'un auteur qui nous ressemble. Août 2009, entre Evreux et Bali existait un pont suspendu fait d'un millier de pages, de la vie à la mort il s'est encore allongé. Tonino BENACQUISTA nous relie, tu me parles clairement.
Il y a eu le plaisir de découvrir et s'échanger les romans déjantés de Fred VARGAS, tu l'as lue le premier. Parfois sur un bon pressentiment, à l'occasion d'un cadeau, je t'envoyais tester un auteur. Nous avons tant aimé Vargas. Et puis j'ai mis mon nez dans Tonino BENACQUISTA, tu ne m'as jamais rendu "la boîte noire" le premier lu ; celui qui heurte le lecteur dans un accident de la route, dissimule une maîtresse aimée derrière une plaque de psy, et réunit au cimetière les amants immoraux.
En ton absence je trouve toujours refuge dans un livre, j'ai coulé dans la lecture de "quelqu'un d'autre".
Devenir ce que l'on est. Curieusement tu n'as pas pu le finir celui-là, justement, car tu l'as délibérément interrompu pour te jeter sur le "Malavita encore" que je t'ai offert le jour de ton dernier voyage. Nous avions succombé de joie à la lecture de "Malavita", notre préféré. "Malavita encore" lu d'un aller-retour Paris-Brest. Je n'oublierai jamais, entre autres, ton sourire comblé quand tu me l'as remis dans les mains ce vendredi soir gare Montparnasse, tu as dit "moi j'aime bien" en haussant les épaules d'un air gêné et attendri. Quelques heures plus tard on te refusait la priorité, hélas toi tu étais à moto.
Tonino Benacquista c'est tout toi. Un italien du côté de vitry sur seine, comme toi. Le moindre couvre-chef te donnait des allures de porte-flingue. Tonino et nous c'était le même humour, le même vocabulaire, un regard de dérision sur le monde.
Je suis rentrée à Evreux "malavita encore" sous le bras, j'ai fait du feu tout le week end, j'ai ri où je savais que tu avais ri aussi. Hâte de te le dire lundi matin dès 8h30. A 8h35 ce lundi 19 octobre, je comprenais déjà qu'il y avait un truc grave. De ce Benacquista nous ne parlerons jamais, mais aux détours des lignes que je lis à présent tu me parles encore.
De ton retour de Bali tu as gardé "Malavita", j'ai le mien, et tu m'as rendu 4 romans noirs, un pavé de 900 pages dont je vois à la corne que tu ne liras jamais les 20 dernières pages. Mais tu t'es dispensé de la fin car tu trépignais que je le lise à mon tour. Tu te disais que ces dernières pages tu les lirais plus tard. Pardon, pardon, je ne me suis pas précipitée sur ces 4 histoires qui nous font des clins d'oeil toutes les 2 pages. Je croyais qu'on avait encore du temps.
Je ne suis qu'à la fin du deuxième roman, là où Benacquista a écrit "Tout ça paraît tellement étrange quand on cherche son souffle au beau milieu d'un désert". Cette phrase là toi ne t'aura probablement pas ému, si tu savais comme elle me parle à moi en ce moment ... Que vais-je devenir quand j'aurai terminé ce pavé noir ? plus rien à lire où croiser la trace de tes pages cornées ... Je devrai lire sans toi "SAGA" dont on dit tant de bien.
Il n'est pas impossible pourtant, si j'aime "Saga" sans toi, que je te retrouve un jour de soleil, au petit cimetière de Choisy-le-roi, pour t'en lire les meilleurs passages. Si on m'en laisse le temps bien sûr, reste à essayer de ne pas mourrir aussi.
lundi 14 décembre 2009
Le point sur mes défis
2009 s'achève ... forte de quelques défis réussis, je me suis lancée pour 2010 dans le nouveau challenge ABC !
Le défi des littératures policières 5 continents a été brillament suivi tout au long de l'année sur un blog spécifique par sa créatrice Catherine du blog "la culture se partage". Ce défi est l'illustration parfaite du titre de son blog.
J'ai un peu ramé avec ce défi, car autant je suis allée découvrir des auteurs vers lesquels je n'aurais jamais tourné le regard et c'est bien le but des challenges, autant je n'ai pas fait de rencontre mémorable, aucun de ces auteurs nouveaux pour moi ne m'a bouleversée. Je crois que je suis plus sensible aux auteurs français qu'aux auteurs traduits. Par ailleurs, je suis un peu gavée de polars et si je lis encore des romans noirs ou des auteurs comme Benacquista (mon coup de coeur 2009), je glisse de nouveau vers la littérature blanche.
Pour ce défi, j'ai lu, et dans cet ordre :
Afrique - Zimbabwe/Botswana : Mma Ramotswe - Alexander McCall Smith
Amérique - USA : Le croque-mort est bon vivant - Tim Cockey
Europe - Suède : Roseanna - M. Sjöwall & P. Wahlöö
Asie - Inde : Saveurs assassines - Kalpana Swaminathan
Océanie - Australie : Séquelles - Peter Temple
Je les ai tous moyennement aimés. Si ce défi était proposé à nouveau, j'aurais bien du mal à trouver un titre qui me tente parmi le peu d'offres du continent Océanie.
Le blog-o-tresors est un challenge en soi génial. Chaque participant ayant proposé aux autres les 10 livres qui ont le plus marqué sa vie de lecteur. J'ai adoré le concept et il a été bien difficile de choisir 4 titres dans la compilation finale. Laquelle liste méritait bien son logo de coffre aux tresors ! Un gros travail pour le génial organisateur Grominou du blog "j'ai lu..." . Ce défi n'a malheureusement pas proposé un blog dédié au suivi des critiques comme pour le défi 5 continents, c'est vraiment dommage car la liste compilée était très ambitieuse, personnellement je n'ai pas eu envie de suivre les critiques des participants dans la forêt des commentaires.
J'ai vraiment adoré ce défi, et me suis régalée avec des auteurs enfin lus ou relus avec la nostalgie de mes lectures adolescentes. J'ai d'ailleurs pioché dans la méga liste aux trésors d'autres titres que je n'ai pas chroniqués : "24h de la vie d'une femme" de S. Zweig et "l'élégance du hérisson" de M.Barbéry.
Pour ce défi, j'ai lu, et dans cet ordre :
Maxime CHATTAM - Le sang du temps
Tonino BENACQUISTA - Quelqu'un d'autre
Patrick Modiano - Rue des boutiques obscures
Françoise SAGAN - Aimez-vous Brahms ?
C'était un beau challenge.
Il y a aussi un 3ème défi commençé en 2009, un doux rêve pour 2010 : achever sa PAL. ...à suivre !
Objectif PAL proposé par Antigone, sur son blog "un jour, je serai grande".
Sans aucune hésitation, le Lauréat de mes challenges 2009 :
Tonino BENACQUISTA - Quelqu'un d'autre
Je propose un mini-défi, mixte de ceux ci-dessus, c'est ici !
jeudi 5 novembre 2009
Encore !
Je ne peux que conseiller à ceux qui ont aimé "MALAVITA" de se précipiter sur la suite "MALAVITA ENCORE" récemment sortie en poche. Je ne comprends pas la tièdeur de certaines critiques lors de sa parution. Certes il n'y a plus l'effet de surprise propre à la première fois, on connait déjà la famille... et ce dont elle est capable. Mais on retrouve l'enchantement d'une situation hors norme, décalée, souvent hilarante. J'espère la sortie prochaine d'un "MALAVITA ENCORE PLUS ?" la fin de cette deuxième partie appelle une suite pour chaque personnage.
samedi 20 juin 2009
"Quelqu'un d'autre", Tonino Benacquista
Vers Tonino Benacquista j'avance, pas à pas. Ceux qui suivent savent que je n'ai encore lu que « le serrurier volant » (courte histoire) et « la boîte noire » (recueil de nouvelles). J'ai donc encore de nombreux Benacquista à lire ;-) Ce qui me désole avec Fred Vargas c'est d'avoir tout lu, heureusement il est des auteurs qui se relisent même lorsque la PAL est vertigineuse comme le bord d'une falaise.
« Quelqu'un d'autre » est passé du statut de roman dans ma PAL à celui de défi blog-o-trésors. Briévement le concept, sur une généreuse idée de grominou : chaque participant donne la liste des 10 livres qui ont marqué sa vie de lecteur, toutes les listes sont compilées, d'où chaque participant choisira 4 titres qu'il s'engage à lire et commenter. « Quelqu'un d'autre » est l'un de mes choix. Je l'avais déjà acquis lors d'une foire aux livres et retrouvé avec confiance dans la compilation des romans qui ont marqués la vie d'un lecteur. Où il mérite sa place.
L'idée du roman est d'emblée originale. Deux hommes se rencontrent, s'ensuit une cuite et un pari simple. Ils se séparent avec le défi mutuel de changer leur vie en 3 ans et de se retrouver dans ce bar. Les deux personnages vont se succéder au fil des chapitres, le lecteur suit la métamorphose de l'un qui va radicalement changer de nom, de métier, et même de visage ; tandis que l'autre va se révéler meilleur au fur et à mesure qu'il se laisse aller à l'alcoolisme.
Benacquista propose deux procédés contre les faux-semblants, deux alternatives aux apparences prédéfinies. J'ai adoré le thème. Merveilleuses métaphores que l'encadreur qui explose discrètement pour sortir sa vie d'un cadre, et le cadre qui devient supérieur le jour où il cesse de se plier aux bienséances et à la langue de bois dès lors qu'il boit ...
L'écriture de Tonino Benacquista semble simple, elle est accessible, elle parle vrai, pourtant elle réserve des effets sublimes. L'auteur assène par-ci par-là quelques coups de poignard aux absurdités sociales que nous subissons par défaut, auxquelles hélas nous nous plions tous, même les meilleurs.
Quand je pense que j'étais à moins une de passer le chapitre le plus jouissif ! Faut dire qu'il commence et s'étend largement sur la logorrhée d'un personnage suffisant, étalant ses exploits de restaurateur de plafond devant une assemblée de bouches bées. Je n'avais rien vu venir, je sous-estimais Benacquista qui ne m'aurait jamais fait perdre ainsi mon temps mes yeux pour rien. Je ne peux pas vous dire comment car je m'en voudrais de vous gâcher ce bonheur, mais la gifle fut magistrale.
Un bémol, le point noir que je voudrais presser de deux doigts déterminés : une ode à l'alcool, la mélopée de l'ivresse, gare aux chants des sirènes ! Dieu vous préserve de l'alcoolisme.
Je vous livre un court extrait :
« l'acharnement de Didier à s'imposer dans les conversations était devenu insupportable. Il faisait partie de ceux qui accaparent le ballon à grand renfort de croche-pieds, pour ne jamais marquer. »
dimanche 22 mars 2009
La boîte noire porte bien son titre
Je cerne de mieux en mieux ce qu'on nomme roman noir, grâce à Pascal Garnier, puis Pascal Dessaint, et maintenant Tonino Benacquista ... et j'adore ! particulièrement par les récits courts et les petites nouvelles ...
Je viens de lire "la boîte noire" titre de la première et plus longue des nouvelles de ce recueil. A priori, celle qui a fait l'objet d'une adaptation cinématographique avec José Garcia (2005), mais je n'ai pas encore fait de recherches à ce sujet. C'est à mon avis l'histoire la moins intéressante du recueil, pourtant menée avec originalité mais vers un aboutissement un peu fade. Bref, il y avait un scenario à faire semble-t-il.
En revanche, je me suis délectée des historiettes suivantes qui ne raconte rien du tout mais avec subtilité, et celles surtout, et c'est je pense la définition partielle du roman noir, où des gens ordinaires vivent un jour comme les autres des destins extraordinaires. Le tout sur un fond pas trés gai tranché d'humour. En tous cas, si ce n'est pas la définition du roman noir c'est devenu la mienne, celle des romans qui me plaisent en ce moment ... et Tonino Benacquista est une tête d'affiche.
Je vous recommande "la volière", très tendre, et surtout "le transfert" qui rend à la perfection la tension du personnage jusqu'au dénouement : qui ne manque pas de piquant !
Un régal, vite lu, entre deux pavés c'est l'idéal. Comme un bonbon à la menthe au milieu d'une journée d'été.














