mardi 3 novembre 2009
fin d'un défi,
J'avais aimé "bonjour tristesse" et "un certain sourire", mais j'avais 15 ans, c'était sulfureux. De ce bon souvenir et de mon attirance pour les pavés tout souples en mains de la collection "bouquins", les oeuvres complètes de Françoise SAGAN étaient venues compléter ma PAL. Lorsque j'ai vu qu'un internaute citait "Aimez-vous Brahms ?" dans ses 10 lectures marquantes je n'ai pas hésité à sélectionner ce titre pour le défi BLOG-O-TRESORS. Voyez vous l'astuce ? remplir un défi en vidant sa PAL, et par là même se mettre sur les rangs d'un autre défi : Objectif PAL.
Vous l'avez déjà compris, "Aimez-vous Brahms ?" m'a ennuyée. Parce que je n'ai plus 15 ans, mais surtout du fait que les romans de Sagan sont totalement en décalage avec notre époque. Pour autant pas si vieux non plus, donc un roman de Sagan ne peut nous évader comme une histoire romanesque du moyen âge. Le lecteur qui vit sur une planète en crise, au temps des radars automatiques, de la loi Evin, et où pédéraste n'est plus ni une insulte ni si original, aura bien du mal à trouver du charme dans l'histoire d'amour bourgeoise servie par l'auteur. Sauf peut-être des détails de Bas filés que Sagan n'imaginait pas provoquants lorsqu'elle les a écrits. Et oui, les bas maintenant c'est sexy, avant c'était surtout incommode. En somme tout ce qui faisait le piquant de l'histoire il y a 40 ans reste aujourd'hui sans effet, complétement dépassé sans être encore porteur de nostalgie.
Les délicieuses tournures de Françoise SAGAN sont néanmoins dignes d'une découverte pour ceux qui ne l'auraient pas encore lue, pour ceux même vieux qui lisent des romans d'amour ; je la recommande aussi aux lectrices d'Harlequins comme une chance de prendre un tournant dans leur librairie.
mercredi 30 septembre 2009
Modiano

ça y est j'ai découvert Patrick Modiano, deux fois de suite, la première impression confortée par la deuxième. Tout premier étonnement : un genre inclassable, certainement pas du roman policier, ni du roman noir, et je n'attendais aucun des deux, mais le genre flirte avec l'enquête, le mystère. Un genre Modiano que je nommerais "recherche". Pris au hasard, l'un d'une foire aux livres, l'autre d'un état de manque en gare st lazare, deux titres que je n'ai pas soupesés avant l'achat, qui se sont révélés si proches. Deux recherches d'identité, d'une vie passée si fugitive, qu'en reste-t-il ?
Rue des boutiques obscures
Le premier lu, au coeur de l'été. Modiano est l'auteur idéal d'une douce soirée, du temps retrouvé pour le hamac et les cigales. Une sorte de bonheur malgré des histoires au fond assez amer.
C'est l'histoire d'un homme à la recherche de son identité, de son passé oublié. Autant de mystère que de nostalgie. Que reste t il de notre vie ? serait un résumé facile de ce récit troublant, truffé de questionnements et d'incertitudes pour lesquelles nous aurons chacun une réponse personnelle.
Dans le café de la jeunesse perdue
Déambulations parisiennes, des noms de rues, un bistro en particulier, des lieux précisés. Une tranche de vie commune à des personnages que l'auteur ne présente que superficiellement autour d'une femme mystérieuse. D'abord intriguée par le secret d'une femme, je me suis ensuite laissée entraînée dans les errances de Modiano, des dérives d'insomniaques, j'ai visité Pigalle d'avant les bandes rivales. Cette femme n'est qu'un prétexte à suivre le promeneur solitaire qu'est Modiano.
Deux romans qui révèlent parfaitement la passion des Delerm père & fils pour Patrick Modiano. Le style tranquille, pertinent mais prudent de Philippe Delerm est imprégné de Patrick Modiano, alors que Vincent Delerm lui n'hésite pas à faire des promenades de Modiano un sujet de chanson. On retrouve chez Vincent Delerm une façon de citer des noms très proche de celle de Modiano. Je suis contente de pouvoir faire le lien entre la sensibilité des Delerm et le style Modiano après ces lectures.
Je relirai probablement Patrick Modiano
mercredi 9 septembre 2009
Epopée
Très improbablement, un homme d'affaires et un militaire, finlandais en finlande, se rencontrent dans une grange pour s'y suicider. De stupeur ils reportent leur sombre ambition, puis échaffaudent des projets de regroupement suicidaire, d'un finlandais suicidaire à l'autre ils devinrent association de mortels et s'engagent dans un road movie de l'extrême nord de l'Europe vers l'extrême sud. Arriveront-ils au but ultime : le suicide collectif ... ?

Arto Paasilinna, part d'un fait de société finlandais, un véritable fléau qui ravage son pays : le suicide. La Finlande est en effet le 5ème pays au monde où l'on se suicide le plus, peut-être à cause de l’isolement dans certaines campagnes et certainement aussi à cause de l’alcoolisme. Pour comparaison, il y a en Finlande 28 suicides pour 100.000 habitants, contre 20 en France (! quand même).
C'est le premier titre que je lis de cet auteur, "la douce empoisonneuse" figure aussi dans ma PAL, c'est donc une découverte et elle me faisait très envie car tous les thèmes humanistes abordés par cet auteur me séduisent. Par ailleurs j'ai lu de nombreux billets et critiques sur l'écriture d'Arto PAASILINNA que l'on peint comme déjantée, décalée, très humoristique. J'ai donc été légèrement déçue par le charme très discret du ton moqueur que pratique Paasilinna. De mon point de vue l'auteur est assez ironique et délirant plutôt que déjanté. Son récit est pour le moins savoureux dans un style bien personnel, marqué par un certain éloignement des situations où il place ses personnages.
A toutes les occasions qu'il s'offre Paasilinna nous fait réfléchir au sens de la vie et progressivement au non-sens de la mort. L'intérêt de la démarche de l'auteur est d'apporter des réponses valides. Pour un exemple, et il me tient à coeur : " Les déshérités d'aujourd'hui avaient plus d'argent qu'un bourgeois moyennement fortuné d'il y a cent ans. Et pourtant ils souffraient de leur dénuement, car ils voyaient autour d'eux des gens mieux lotis et, bien pire, des publicités plus alléchantes les unes que les autres. U..pensait que c'était précisément la publicité qui était la cause principale du suicide des Finlandais. A quoi bon vivre quand on n'avait de toute façon pas les moyens de s'offrir toutes les merveilles que l'on tentait à chaque instant de vous faire acheter ?". Convaincue depuis longtemps, au bord de militer contre le consumérisme qui décime le moral de nos riches contrées, il me semble que ce roman mérite d'être largement promu ne serait-ce que pour ce passage. Evidemment l'auteur idéalise des solutions comme le partage et l'humanité, mais tout le monde sait déjà cela quand bien même très peu le mettent en pratique.
Des nouvelles de ma PAL, 1 de moins, terminé dans le train aller, j'ai donc acheté un roman afin de ne pas être démunie ce soir (Dans le café de la jeunesse perdue, Modiano). Donc c'est encore un coup d'épée dans l'eau. Mais quelle belle idée que cet Objectif PAL quand même ;-)
mardi 18 août 2009
Ineffacable
Un homme dans la poche - Aurélie Filippetti 
- Poche - Broché Paru le : 14/06/2007 Editeur : Points Collection : Points ISBN : 978-2-7578-0122-2 EAN : 9782757801222 Nb. de pages : 211 pages
Acquis dès sa sortie en 2007, je n’ai trouvé le courage de le lire que ce week end.
C’est l’histoire d’un amour passionnel adultère. Un amour perdu.
Comme je m’en doutais j’en ressors choquée. Parce que tout est véritable, exprimé comme je voudrais l’exprimer aussi. « Tout, j’ai tout retrouvé » chanterait Barbara. L’auteur nous livre le moindre fragment de son cœur sans jamais mentir. Je le sais, elle n’a rien inventé. Aimer un homme marié c’est exactement cela. Comment on compose, comment on supporte, ce que l’on cauchemarde, tout y est. Je fais le même cauchemar qu’Aurélie Filippetti depuis des années. Dans tous les sens du terme.
Ma seule déception, c’est que j’avais hâte de lire la fin, pour savoir comment elle s’en sort. On n’en sort pas. C’est un piège dont l’issue est fatale. Je regrette de ne pas avoir trouvé de réponse, c'est-à-dire une solution, mais au moins je ne suis pas folle, j’éprouve ce que l’on doit éprouver en pareille situation, c’est déjà un peu rassurant. Même si je demeure troublée d’avoir lu des déclarations que je croyais intimes et uniques, de m’être heurtée aux mêmes difficultés comme la soirée de cinéma, de me réjouir des mêmes stratagèmes de communication moderne …
Evidemment l’histoire diffère un tout petit peu de la mienne. La différence d’âge et la projection du père ne m’évoque rien de personnel, pas plus que les écarts de deux classes sociales. Néanmoins, quel que soit le contexte, les émotions sont rigoureusement les mêmes, décrites au plus juste, au plus touchant. Beaucoup de passages sont magnifiques, parfaits. Je témoigne de l’exactitude d’un ressenti qu’on ne pourrait imaginer sans l’avoir vécu.
Quand bien même on ne s’y reconnaîtrait pas, on peut lire ce roman et s’émerveiller d’une passion quand même peu fréquente. C’est sublime comme une histoire, mais c’est un témoignage d'une authenticité bouleversante. L'écriture d'Aurélie FILIPPETTI est remarquable.
mercredi 12 août 2009
épineux
Inscrite pour une liste de 4 lectures de la méga-liste « blog-o-trésors », j’ai déjà lu et critiqué « Le sang du temps » et « Quelqu’un d’autre », me restent donc en liste : « Rue des boutiques obscures » et « Aimez-vous Brahms … ? ». Seulement voilà, je n’ai pas résisté à lire « l’élégance du hérisson » et je viens de commencer « 24 heures de la vie d’une femme » qui figurent en bonne place dans la méga-liste …
Ce n’est pas tout ce qu’on en a dit qui m’a poussée vers le roman de Muriel Barbéry, bien au contraire j’ai la fâcheuse tendance à bouder les Best-sellers, en revanche il m’arrive de craquer, c’est bête, pour l’esthétique d’une couverture. C’est bien le cas de l’édition Folio placardée sur tous les murs de la capitale et jusque sur le quai de la gare d’Evreux. Séduite par l'objet, comme quoi le goût des livres c’est aussi le goût du livre.
Bon, le roman …
Comme j’ai peiné à trouver de l’intérêt dans la démarche de l’auteur !
Pas du tout convaincue par la dissection d’une bonne concierge. Quel toupet de qualifier la médiocrité culturelle d’une concierge au travers de ses habitudes gourmandes ! En quoi la consommation de foie de veau et de cassoulet serait le signe d’une inaptitude intellectuelle ? L’éveil de l’esprit serait donc en rapport étroit avec la préciosité ? Tandis que le goût pour des mets sophistiqués qui vous laissent un goût de trop peu et le porte-monnaie sec sont un signe d’érudition avancé. C’est sans doute le cliché le plus honteux et le plus risible du roman. Mais peut-être l’auteur a-t-elle cherché à choquer plutôt qu’à convaincre. Les intellos mal fringués amateurs de vin rouge et de charcuterie apprécieront. En ce qui me concerne, j’échoue dans la perplexité et la remise en question de mes gourmandises éclectiques. Fan de sushis et de thés, de fromages affinés accompagnés d’un café au lait, de macarons et de pain perdu … mais que dois-je lire ? Muriel Barbéry dans son édition estivale folio ?
Néanmoins je me suis prise à l’histoire dès lors que le projecteur s’est tourné vers la jeune fille surdouée, prise à cœur je n’ai plus lâché l’histoire, pouffant de rire et terminant sur quelques larmes il faut l’avouer. Finalement ce récit eût été une complète réussite s’il n’avait été question de cette concierge grotesque dans le personnage comme dans la détermination. Il me semble que la sensibilité et l’humour de l’adolescente qui ne supporte plus sa famille ni ses voisins suffisaient à un roman. Ce qui aurait épargné au lecteur le laborieux étalage de littérature impopulaire pas tellement élégant.









