Bienheureuse de ne pas avoir pour habitude le résumé du livre ! Il serait bien difficile même de donner un thème à ce récit tant il est riche de vies entrecroisées et de tournants historiques. Il y a un narrateur cependant, un lecteur compulsif et nul en mathématiques, pensez si on s'attache, on le suit. C'est ainsi que le lecteur traverse son adolescence, l'histoire familiale, les années 60 et l'histoire du Rock n'roll, les bouleversements politiques en Algérie ou idéologiques entre l'Est et l'Ouest, et puis la vie des habitués du Balto.

Ce n'est pas rien le Balto ! C'est l'Aveyron, une deuxième maison où chacun peut choisir ses passions et ses amis, du foot à la philosophie, en passant par les échecs bien sûr : c'est "le club des incorrigibles optimistes". Sartre et Kessel sont de la partie, mais aussi Léonid, Igor, Tibor, Sacha, un agent des RG, et le petit Michel notre jeune narrateur qui y apprendra les échecs autant que la vie. En quelques années Michel va découvrir le douloureux passé de ces hommes souvent forts en gueule mais incroyablement pudiques de leurs déchirures. Ils tiennent l'alcool, sont respectueux et dignes, solidaires et optimistes tant qu'ils sont vivants.

Tous ces ingrédients s'entremêlent avec un doux humour, aucun personnage ne parvient à être détestable et beaucoup de leçons sont à prendre. On ne s'ennuie pas, le lecteur s'installe dans cette vie d'adolescent réservé et lucide, plus curieux que rebelle, il vit une époque faite de drames et d'espoirs. Une époque où mes parents avaient 20 ans, on se donnait des coups de mains, on avait des rêves et beaucoup avaient de l'ambition, on pouvait faire la connaissance d'une personnalité dans un bistro, il y avait des concierges qui savaient où trouver leurs locataires, boire et fumer n'était pas dangereux, c'est dans la vraie vie qu'on se faisait des amis.

On tourne les plus de 700 pages avec des envies de payer sa tournée et on referme le livre avec l'impatience de retourner au Luxembourg s'asseoir devant la fontaine Médicis, peut-être y lire Kessel.

Un grand Roman.

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J'ai sélectionné un passage qui ne reflète pas le ton général du livre car c'est extrait de la lettre d'un jeune soldat en Algérie.

"Depuis des semaines il ne se passe plus rien. On se croirait dans "Le désert des Tartares". Je me prends pour le lieutenant Drogo. Sauf que je n'ai personne avec qui discuter de quoi que ce soit. Buzzati a produit une oeuvre imaginaire et irréaliste. Son fort a une incroyable densité d'intellectuels au mètre carré. Ici, c'est la vraie vie : une concentration d'abrutis."

p. 80

 

http://www.youtube.com/watch?v=I0j3au4v1bU