Depuis la lecture de "Corps étranger", je gardais un avis tranché sur cet auteur, le souvenir d'une histoire originale et bien écrite. Je n'ai donc pas beaucoup hésité à saisir ce petit livre qui me tendait des bras innocents au kiosque d'une gare.

temoins

J'ai retrouvé toute l'inventivité de Didier Van Cauwelaert dans ce roman, lu avec intérêt, étonnement et un suspens continu. Le personnage central, la fiancée chinoise, est très ambigü. L'auteur nous la présente sous 4 regards différents que sont ses ex-futurs-témoins puisque le fiancé est mort dans un accident la veille des épousailles. Ainsi Yun reste difficile à cerner pour le lecteur ; est-elle dupe, naïve, ou au contraire intriguante et manipulatrice ? Peut-elle être sublime, intensément intelligente, douée, préparée, matérialiste, mais pourtant sincère et honnête ? Cette improbable asiatique a porté ma curiosité au bout du roman.

Ce n'est pourtant pas un récit sur la femme chinoise ou sur la femme fatale, il est essentiellement question de la mort et de l'amitié. Que faire à la disparition d'une personne sur laquelle on avait appuyé toute sa vie ? Existera-t-on plus loin ? Le roman donne une réponse, un peu tordue mais profonde, sur la façon dont on peut véritablement honorer la mémoire de la personne qui vous a beaucoup donné. Et puis Didier Van Cauwelaert nous parle beaucoup de mensonge ; est-il parfois légitime ? Peut-il être préférable à la vérité ? l'auteur explique clairement que oui, qu'une vraie famille c'est de l'amour plus qu'un nom de famille acté, qu'on peut mentir pour préserver ceux qu'on aime. Je suis d'accord pour l'amour, mais continue de penser que nous avons tous besoin de vérité pour bâtir une vie et non pas d'être préservés.

Toute cette histoire est menée avec brio sur un ton caustique qui me plait beaucoup. Humour et cynisme sont à chaque page, aucune n'est ennuyeuse.