le_sang_du_temps  Je participe à 2 défis littéraires cette année 2009, dont le blog-o-trésors, proposé par grominou sur son blog : j'ai lu. Pour réaliser ce défi, chaque participant a proposé 10 livres parmi ceux qui lui ont laissé le meilleur souvenir. L'organisatrice a compilé ces titres parmi lesquels les participants doivent choisir chacun 4 titres à lire dont ils feront une critique.

Pour ma part je n'ai pas nécessairement sélectionné les 4 romans que j'avais le plus envie de lire, mais les 4 qui soulageraient ma PAL, parmi lesquels ce thriller : « le sang du temps » de Maxime CHATTAM.

J'ai déjà lu la trilogie du mal et "les arcanes du chaos" du même auteur, j'en garde le souvenir de romans haletants et très modernes. Imités depuis avec beaucoup moins de bonheur par Franck Thilliez. J'avais donc très envie de lire celui-ci dont l'action se situe au Mont St Michel et au Caire à des époques différentes. Maxime CHATTAM tisse deux toiles contrastées dans des univers où les fantasmes et les mystères regorgent.

Pour vous placer un peu l'intrigue, car finalement il n'y en aura qu'une, sachez qu'une jeune femme est cachée par le DST sur le Mont St Michel dont la communauté religieuse va lui confier les clefs. Le Mont St Michel quasi désert (ça c'est vraiment du fantasme) est à elle pour l'hiver. Ce sera le lieu d'une magnifique ode à la lecture. J'imaginais l'abbaye, les remparts, les ruelles, les escaliers comme le terrain idéal pour le mystère et les courses poursuites, mais le suspens sera au Caire. Le Mont St Michel lui sera le sanctuaire d'une lectrice passionnée par le journal intime de Jérémy Matheson, anglais, policier au Caire en 1928. Je ne vous cache pas que si vous êtes fervent lecteur vous vous exposez à jalouser Marion ; l'héroïne qui peut choisir librement n'importe quel recoin du Mont normalement fermé au public pour y lire à l'aise les jours de grande tempête. Orgasmique.

L'intrigue réelle se déroule au Caire où des cadavres d'enfants atrocement démembrés font renaître la légende de « La Goule » , chez Maxime Chattam les mystères sont toujours effroyables, les amateurs du genre ne seront pas déçus cette fois encore. L'auteur manipule le lecteur pour mieux dénouer les fils magiques en toute fin du roman. Mon expérience du genre m'a permise de déjouer l'auteur un peu plus tôt mais c'est assez bien fait malgré tout et surtout très crédible car la psychopathologie du tueur est déliée tout au long du roman. Je ne peux guère plus vous l'exprimer sans trahir le mystère.

Un épisode très intéressant du roman raconte l'expérience horrible du détective dans les tranchées de la première guerre mondiale où nombre d'anglais ont beaucoup souffert. C'est un passage important de l'histoire que j'ai rapproché du roman « un fleuve de ténèbres » de Rennie Airth. Un roman policier que je conseille en particulier à ceux qui s'intéressent au contexte de la guerre dans le polar.

Comme tous les romans de Maxime Chattam celui-ci encore est très bien documenté, vous en saurez plus sur l'architecture du Mont St Michel et sur la vie quotidienne du Caire dans les années 20, c'est certain. J'ai par exemple été ravie de découvrir l'origine du mot qahwa, l'importance et l'atmosphère de ces lieux, sensiblement éloignés de nos caméra-café.

Encore une fois j'ai passé d'agréables moments de lecture avec Maxime CHATTAM dont les détracteurs sont je crois des jaloux qui ne l'ont jamais lu, ou souvent, des pseudo-intellectuels qui considèrent que vendre beaucoup est un gage de crétinisme. C'est une règle un peu simple à laquelle Maxime Chattam fait exception. Son écriture est rapide et souple, le suspens est permanent, l'environnement de l'intrigue est très crédible, très riche. Dans ce roman on flirte un peu avec le surnaturel mais on n'y sombre pas, les scènes qui pourraient être gores restent relativement sobres. Tout le récit respecte un équilibre, une sorte d'alternance entre la violence et l'apaisement, les lieux s'opposent pour mieux se compléter vers la plénitude et le pardon qui sont la finalité d'un des personnages, mais aussi du récit.

J'ai eu la chance de visiter le Mont St Michel la veille d'ouvrir ce roman, une journée d'hiver peu fréquentée. J'imagine que beaucoup de lecteurs ont eu envie d'y retourner ou de le découvrir suite à cette lecture ... Cependant je m'étonne que ce titre ait été cité comme l'un des dix romans les plus incontournables d'une vie de lecteur, ce n'est certainement pas un " chef d'œuvre " de littérature, un très bon roman à suspens oui.

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